29.01.2010

questions. sang. réponse.

femmabougie.JPGQue sais-je des histoires
lues tard, au soir venu
glissées sous le duvet de l'oreille
  pour dire comme on naît, pareils
  également issus
  d'obscurs desseins qui s'émerveillent ?

Ce que je perçois du réel
qu'y entendre ? qu'y voir ?
quoi toucher du doigt dans le noir ?
et quelle est cette odeur
qui me tire la sueur
à me dégoûter du bonheur ?

Suis-je fou d'écouter le vent
  me rapporter de l'océan
  la cantilène de l'ondine
  et que l'ondine me destine
quoique je ne sache parler
le langage cru des marées ?

Je lis bien mieux les yeux fermés
  de tes yeux grand ouverts
  le livre de  lumière
  que je pourrais, ma vie entière
  passer à déchiffrer;
serait-ce vanité ?

Ma main qui fouille tes entrailles
  ne fera pas d'autre trouvaille
  que d'apprendre à mourir;
est-ce là rançon du plaisir
  ou simple abandon du désir ?
  et pour quelle raison ?

Sentirai-je monter l'haleine
où s'engouffre un cri de la plaine ?
  un cri de haine, un cri de fin;
  il empeste tout le purin
  qui régurgite des massacres
  le magma de matière alacre

Ai-je assez mangé de ta viande
amour, amour, ma chair offrande ?
  En velouté de cresson-crème
  en papillotes de poLèmes...
est-il bien question que je t'aime
puisque je te dévore et en corps et encore ?

Ah ça, mais... j'en saigne,
c'est insigne !

Digne dingue donc
  je résonne, je résonne
Digne dingue donc
  je raisonne à ma façon

tiniak © 2010 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK

26.01.2010

antecredo

Fenetre_du_Soir.jpgSi croire est au miroir la lumière de l'être
j'aime autant rêver seul au soir à ma fenêtre
éponger du regard le front noir de l'hiver
en sifflant de l'étoile un remède éprouvé
dont les dieux disparus se sont nourris naguère
en laissant derrière eux cette trace lactée
qu'on dit indélébile et m'est très nécessaire
quand soudain je m'égare à me croire perdu
j'ai besoin de savoir à son halo diffus
qu'un marin quelque part y retrouve sa route
et qu'une main ailleurs s'est consolée d'un doute

 

tiniak © 2010 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK

illustration : Ian Darragh

25.12.2009

récif rétif

La nuit qui vient tout prendre
sans plus attendre
ouvre la paume brune et vaste de ses mains

Il en sort, des astres, le même lent chemin
vers chaque port lointain
qu'au passage, les vents auront feint d'ignorer
(la destinée sauvage des marées)

Qui pleure alors
dans le murmure littoral
la méticuleuse agonie
du récif monumental ?

recif.jpg

Il n'est pas résigné
mais lutte - voyez comme !
Il connaît tous les noms de l'homme
et sa peau burinée
contient des "Te Deum"
autrement plus anciens
que tous les pieux barnums
servis aux veuves du marin

Pour un peu, dame !
il chanterait le chœur des âmes
qui sont venues à lui
dresser contre la nuit
le poing, un long cri, un regard
que la douleur soudaine
arrache sans égard
à la nature humaine

C’est le grand favori du rivage

Il fait au goéland
dans le vent dominant
le socle qui le met tout à son avantage
et la moule à son flanc
snobe des crabes blancs
la course débridée dévolue aux carnages
tandis que les enfants
prennent pied en riant
sur sa face conquise après d’indiennes nages

La nuit seule est complice à chaque baiser grave
et salé de la mer qui lui ronge les joues
de sa posture fière et digne, sans courroux
héritage évoquant sa jeunesse de lave

(l’impitoyable jour n’aura cette pudeur
qu’au prix d’un mauvais temps aux brouillardes humeurs)

D’où vient que j’y entende à présent quelque chose ?
- ne suis pas si grandiose et bien moins courageux ;
est-ce une résonnance empathique et morose
où le besoin de prendre appui contre les cieux ?

Sans doute un peu des deux (cette rime que j’ose !!)
tant mieux.

tiniak © 2009 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK

12.12.2009

specula

Allons bon ! Qu'est-ce encor que ceci, mon ami ?
Un miroir, pour quoi faire ? et quelle en est l'urgence ?
Ah, ça ! je vois que tu y mets de l'importance
et veux men faire accroire, et jure sur ta vie
qu'il en va de la mienne

Oh là ! Que de sentence et que d'empressement
à mettre en la balance et la vie et la mort
Je n'ai pas de miroir, et quoi ? tel est mon sort
depuis que j'ai quitté le rivage océan
où j'ai connu le Rêve

Je me suis pris d'amour pour le chant de l'Ondine
et je l'ai embrassée et je l'ai faite mienne
oubliant tout du monde et sans prendre la peine
d'apaiser en mon cœur les rages qui fulminent
et me troublent la vue

Or les terres de Mû ne souffrent d'autre feu
que ce par quoi les dieux forgent l'âme chez l'homme
Ignorant de ces dieux même comme ils se nomment
je ne m'inquiétais pas d'en offusquer les cieux
et me voilais la face

Un soir que nous tenions debout dans un miroir
l'Ondine s'effaça comme la vague meurt
laissant une illusion qui m'arrache des pleurs
en quelque occasion qu'il me soit donné d'en voir
le reflet douloureux

Allons, je serai sage et veux m'exécuter
Qu'il s'agisse après tout de te faire plaisir
ou d'être convaincu de pouvoir m'affranchir
FrancescoMazzola-dit-Parmigianino_1530Self.jpgde cet isolement où je suis confiné
par morgue et par dépit

Allons, donne, l'ami - tu m'en seras témoin,
que j'ouvre devant toi la boîte de Pandore
Voyons qui de l'oubli, l'horreur ou le trésor
apposera ici la marque de son point
donne-moi ce miroir

tiens... ?

 

tiniak ©2009 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK

rire_du_ciel-dotcom.jpc.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

illustration (ci-contre) : Rire du ciel, Miroir du ciel.

08.12.2009

ruade

Non, plus !
de ces mains priant ta venue
de cet appétit en souffrance
implorant sa nouvelle danse

Non, pas !
ni de ces "oh", ni de ces "ah"
ni rien de ces bouquets de pleurs
qui me tuent l'heure

Ruez ! Ruez, les élan fous !
Assassinez les "malgré tout"
Il est temps de livrer bataille
En avant les "vaille que vaille"
C'est l'hallali !

Laissons la peine sur la paille,
c'est son lit...

Joan_miro_birdface.jpg File, mon train ! File ta route
et coup pour coup, coûte que coûte
rengorge sa triste chanson
au déversoir
des plus sinistres mésespoirs

Mon poing dans le ciel qui se voûte
ne laisse plâner aucun doute
C'est l'hallali !

Laissons la peine dans sa croûte,
c'est son nid...

tiniak © 2009 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK
illustration :
Joan Miró