21.11.2009

l'heureux nouveau

caillebotte.jpgRaconte-moi encore
dans nos yeux épris d'or
tout le monde à l'endroit
du haut du château-fort
avec aux pieds la ville lente
affairée, sourde, indifférente
à nos vives amours naissantes

Redis-moi du début
les allées et venues
le pas léger sourire aux lèvres
les jours plein-champ, les nuits brèves
et retour
tout le monde à rebours
Que l'accord de nos souffles
sur nos corps dénudés
refonde
tout... le chaos, le monde
avec la nonchalance
du vent marin sur l'onde
danse

Rappelle-moi d'instinct l'incipit
la formule, l'invite
et sonore
des "je t'aime" dans le décor
indolent, tellement
que c'est bonheur d'y être
magnifiques "peut-être",
"je ne sais", "surtout, ne m'attends pas"
sur le bout de la langue comme au bout des doigts
juteux, charnels
des mots ! des mots
la mangue et l'hydromel

Car l'entendre à nouveau de ta bouche - mon fief,
c'est du monde en relief imprimé sous la peau
la renaissance, à ces mots : la nouvelle danse.

 

tiniak © 2009 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK
Illustration ci-dessus : Caillebotte

 

chateau-bois.jpg

 

le troisième œil en partant du milieu

Il a poussé un œil carré
vélux0.jpgà mon sous-marin sous les toits
un troisième sur son flanc droit
entre les deux autres niché

mais taillant tout pareil
sa brique dans le ciel de lait

- tu sais, le ciel tout plat, tout gris
celui qui invente la pluie
par crainte de trop s'ennuyer
d'ici la prochaine marée

J'ai reluqué ce troisième œil
ai songé " poignée de cercueil "
et me suis sitôt ravisé

- c'est des coups à faire surgir
tous les fantômes gris sourire
là où c'est déjà bien assez

que de lancer l'amarre
sur le quai des brumes du soir

Un ronron d'avion amateur
chasse des mouettes goguenardes
dont le vol sonore criarde
le marin levé à son heure

OEIL_LIV.JPGUn firmament de jus d'orange
vient à remplir son bol de lait
que n'agitent plus les coulées
des fond'ries violentant sa frange

Je peux déjà me figurer
dehors qui change de cadence
piéton muant en apparence
manteau noir et torse bombé


Maintenant grince, goélette
la charpente du sous-marin
et ce lot de fantômes, tiens
pourquoi ne pas lui faire fête !

Sortez vieux flasques et boutanches
Fumons des murs bleuets et mauves
les fleurs capitonnant l'alcôve
aux quelques trois cent vingt dimanches

Sifflez, violonnez, valses brunes
Tristounez votre renaissance
mêlant brutales vos fragrances
capiteuses, éther et prune

vélux02.JPGEt qu'aux amis la fraternelle

choralie des éclats de voix
redore encore le pavois
au pavillon des ritournelles

Ah, c'est bonheur que ce tapage
Et d'être le seul à l'entendre
hurler son regain sous la cendre
m'anime d'un nouveau courage

Voici l'équipage au complet
Que l'on referme l'écoutille
Adieu nos femmes et nos filles
Adieu nos immobilités

Allons, c'est l'heure ! on appareille
Tandis que la brume se lève
gagnons les rivages du Rêve
avant le retour du soleil

Gageons qu'avec ce troisième œil

si nous renonçons aux conforts
fantômes amis, un trésor
saura compenser notre deuil

brique-lait1.jpgGloire des quêtes oniriques
monte la chanson mécanique
de mon sous-marin sous les toits

Adieu les briques

tiniak © 2009 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK

un pas l'autre et la rive

1pas.jpgun pas l'autre et la rive
l'eau, de là plus près
l'invite à honorer
là, proche
et voici que l'âme erre
fantoche
où le pied ne peut pas

un (pas l'autre, elle arrive)
se tient prêt à cueillir
au chevet du désir
vol fragile
un soupir du marin
fébrile
en saisir l'ode, là

là, sous le repli d'un ciel froissé
de se voir sombre reflété
plus sombre encor dans le miroir
toute la morgue des marées
en pied-de-nez

là, sur le sable qui fut la pierre
avec les embruns débonnaires
dans le vent qui se rit du temps
pour un autre pas de l'avent, taire
la belle à faire

comme elle, sonore
un pas (l'autre) dans le décor

 

tiniak © 2009 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK

11.11.2009

corne & lien

2promeneur.jpgCertains seraient faits pour la vie
tandis que d'autres pour le rêve ?
si c'est ainsi... pour sûr, j'en crève

Le rêve est dans la vie et la vie sans le rêve
n'est jamais qu'une pluie trop brêve
Je n'aime tant la vie que si je me l'élève
au rang de rêverie sans trêve

A mon front, une corne
à mon collier, ce lien
- et ne suis Capricorne ni Chien

Je fonds sur l'horizon perçant les nuées troubles
planter mon éperon dans son oeil orangé
pour en faire éclater les débris argentés
qui gagnent le chaos dans le vent qui redouble
 voilà... ça, c'est la vie !

Alors, tu vas tirer doucement sur la corde
et m'amener à toi nue déjà sur le lit
tu me diras "je t'aime..." et je dirai "...ma vie"
et tout résonnera de nos chants qui s'accordent
 voilà... ça, c'est le rêve !

Ainsi vais-je longeant
l'onirique océan
effeuiller un croissant de salive

Et la corne vibrant
de tous les chants du vent
souris au rêve aimant qui m'arrive

 

 

tiniak © 2009 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK

07.11.2009

bras de mer

élargir la vueJe me suis promené au-delà du sommeil
sable sous les orteils
le marin joueur au front
J'étais pour la saison une énigme pareil
au lointain horizon

J'ai bu son jus d'orange à noyer mon regard
en laissant au hasard
le soin d'une chanson
sans orgues ni violons que le souffle du soir
et son petit frisson

Je l'ai laissé courir au-devant de ma peine
à chercher des sirènes
le reflet sous la vague
et roulant sur mon doigt solitaire la bague
qui porte un long amen

et le nom des chimères vaines

Le vent me rapportait des parfums d'Atlantide
une morgue placide
et proche de l'oubli
et comme une opiacée vous dévore la vie
je plongeai dans ce vide

J'y promenai mon âme au toucher du soleil
sur la ligne de veille
où fuyait l'océan
et je pouvais l'entendre chanter maintenant
la tendre mélopée si douce à mon oreille

Et l'aujourd'hui tremblant n'était plus si fragile
et j'étais mieux habile
avec mon lot d'étoiles
et j'avais un bateau et j'en bordais la voile
et je voyais mon île

ses rivages tranquilles
ouverts comme ses bras

et je rentrai chez moi

tiniak ©2009 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK
illustration extraite de Les Voyages du Docteur Gulliver, par Kokor
©2006 éditions VENTS D'OUEST

 VentdOuest.jpg